Echos du terrain: « La vie d'une femme, ça n'a pas de prix,» Comment prévenir l'hémorragie du postpartum au Mali
Cheick Touré, directeur d’IntraHealth au Mali, a dernièrement présenté au Ministre de la Santé les résultats d’une étude menée par des partenaires techniques en collaboration avec la division de la Santé de la reproduction du Ministère de la Santé et les représentants régionaux et locaux du Ministère afin de démontrer que les matrones, qui effectuent la majorité des accouchements au Mali, sont à même de pratiquer efficacement la gestion active de la troisième période de l’accouchement (GATPA). Recommandée par l’OMS, la GATPA vise à diminuer l’hémorragie du postpartum qui est la principale cause de mortalité maternelle. Elle permet également de réduire d’autres complications majeures pouvant intervenir durant l’accouchement, comme la rétention placentaire.
Touré a fait part au Ministre des découvertes de l’étude pilote, comparant l’utilisation de la GATPA par les matrones et par les accoucheurs qualifiés autorisés à pratiquer cette intervention. Fortes d’un taux de réussite de 96% obtenu lors de l’évaluation de compétences suivant la formation, les matrones ont confirmé qu’elles étaient, dans le cadre de la GATPA, tout aussi performantes que les accoucheurs qualifiés, pour leur part crédités d’un score de 97%. Qui plus est, les résultats des matrones dans la reconnaissance et la prise en charge des complications liées à l’accouchement étaient pratiquement identiques à ceux des accoucheurs qualifiés.
Impressionné par ces résultats, le Ministre de la Santé, M. Oumar Ibrahim Touré, a appelé à une réponse rapide. « Devrions-nous autoriser les matrones à pratiquer la GATPA ? Oui, sans hésitation. Je souhaite d’ailleurs mettre sur pied une commission veillant au développement d’un plan d’action visant à former toutes les matrones à travers le pays. J’aimerais que ce plan me soit présenté dans les deux semaines.
L’étude s’est aussi penchée sur les facteurs pouvant affecter la capacité des matrones à pratiquer la GATPA, notamment la disponibilité de l’ocytocine, un médicament utérotonique essentiel à cette procédure. Il s’est avéré que ce produit était disponible dans tous les centres de santé de référence ciblés et dans 13 des 15 centres de santé communautaires observés. De plus, une augmentation significative des stocks d’ocytocine dans les pharmacies situées à proximité des centres ainsi que dans les salles d’accouchement a été constatée durant l’étude (doublant dans le premier cas et passant de 2 sur 18 à 10 sur 18 dans le second). Par ailleurs, le nombre de professionnels de la santé formés à la GATPA est passé de 28% durant l’étude de base à 91% à la fin de l’étude.
A la fin de l’évaluation, près de l’ensemble des naissances par voie basse ayant lieu dans les formations sanitaires ciblées par l’étude se sont déroulées en ayant recours à la GATPA. Bon nombre de ces accouchements ont été effectués par des matrones et une baisse significative du taux d’hémorragie du postpartum a pu être constatée entre l’étude sur la base de référence (1,9%) et l’évaluation finale (0,13%). De même, entre les deux études, une réduction globale des complications a pu être observée (de 66 à 40), et aucun cas de rétention placentaire ou de rupture utérine n’a été rapporté.
Comme le souligne le Professeur Mamadou Traoré, le Secrétaire générale de la société africaine des gynécologues obstétriciens, « la GATPA est une intervention qui change véritablement la donne. Nous avons ratifié une déclaration conjointe de la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique et de la Confédération internationale des sages-femmes de telle sorte que toutes les femmes accouchant au Mali puissent en bénéficier. Autoriser les matrones à pratiquer la GATPA n’est que justice, étant donné le nombre d’accouchements auxquels elles prennent part au Mali.
« La vie d’une femme, ça n’a pas de prix, » résume pour sa part le Dr. Konaté Lasséni, Secrétaire général du Ministère de la Santé. « Notre département fera tout ce qui est en son pouvoir pour prévenir l’hémorragie du postpartum. »L’étude sur les matrones est le fruit d’un partenariat entre le Ministère malien de la Santé, la Direction nationale de la santé et sa division en santé de la reproduction, ainsi que plusieurs projets financés par l’USAID, à savoir le Capacity Project mené par IntraHealth, l’Initiative de prévention de l’hémorragie du postpartum (POPPHI) et les projets bilatéraux de l’USAID/Mali comme l’Assistance Technique Nationale dirigée par Abt Associates, Inc. et le projet Keneya Ciwara conduit par CARE, tous deux appuyés par IntraHealth. Le projet POPPHI est dirigé par PATH et regroupe 4 partenaires : RTI International, EngenderHealth, Figo et ICM.




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