Echos du terrain: Extension des services de conseils et de dépistage du VIH vers les zones rurales en Zambie

« Tout le monde devrait être fier de son statut [VIH] et être en mesure d’en parler ouvertement. Cela vaut également pour les personnes séropositives, » affirme Henry Nkazy, un conseiller non professionnel travaillant dans un service de lutte contre le VIH en République de Zambie. « Une personne séropositive peut d’ailleurs vivre plus longtemps qu’une personne séronégative, » ajoute-t-il.
En faisant appel à des relais communautaires comme Nkazi, IntraHealth International cherche à rendre les services de conseils et de dépistage confidentiels du VIH plus accessibles à la population zambienne et à référer davantage de patients séropositifs vers des services de thérapie antirétrovirale et de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant. Ce projet est financé par le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies.

La Zambie, dont la population avoisine les 11,5 millions d’habitants, possède un taux de prévalence du VIH atteignant 17% chez les individus âgés de 15 à 49 ans. Alors que seulement 13% de la population connaît son statut VIH, ceux qui l’ignorent représentent un risque à deux niveaux : Tout d’abord, ils peuvent, s’ils sont infectés, répandre le virus sans en avoir conscience. D’autre part, dans le cas où ils sont séronégatifs, ils peuvent contracter l’infection par le biais de leurs partenaires sexuels. A noter que l’espérance de vie en Zambie ne dépasse pas 38 ans.

« L’objectif est d’amener davantage d’individus à avoir connaissance de leur statut et, avec un peu de chance, celui de leur partenaire, de sorte à ce qu’ils puissent adopter un comportement salutaire et ainsi rester hors d’atteinte, » explique Jim McMahan, principal responsable programmatique d’IntraHealth attaché à ce projet.

Cette initiative conduite par IntraHealth consiste à former des agents de santé non professionnels pour qu’ils puissent dispenser des services de conseils et de dépistage volontaires (CDV) dans les zones rurales des districts de Namwala et Luangwa. Les centres CDV se trouvent le long des principales artères et dans les zones les plus densément peuplées. Toutefois, comme le fait remarquer McMahan, « même si vous n’êtes qu’à quelques kilomètres du centre, ce n’est pas la porte à côté ; surtout dans un pays comme la Zambie, où les moyens de transport sont de piètre qualité. Dans les zones rurales, les routes sont en piteux état, ce qui rend les déplacements difficiles. C’est la raison pour laquelle nous avons fourni des vélos aux conseillers. Ils leur donnent une plus grande mobilité et leur permettent de rendre visite aux individus vivant à l’écart des grands axes. »

Ces agents sanitaires, sans formation théorique, sont autorisés à dispenser des services de conseils et de dépistage en Zambie après y avoir été préparé par un des trois instituts de formation agréés et avoir fait valider leurs acquis durant un stage en conseils et en dépistage par un de ces organismes ou une autre structure leur étant affiliée. Tant qu’ils n’ont pas obtenu leur certification, les conseillers sont dans l’obligation de travailler sous l’encadrement du personnel clinique.

Le projet a formé six personnes chargées d’orienter, à leur tour, 40 conseillers non professionnels ayant été sélectionnés par des responsables locaux au niveau des villages de Namwala et de Luangwa. « Les conseillers sont là pour soulager toutes ces personnes qui souffrent des effets du VIH, » souligne McMahan.
Ils reçoivent une petite indemnité couvrant les menues dépenses engendrées par les services CDV qu’ils dispensent 3 jours et demi par semaine. « Ils sont rattachés aux centres de soins à partir desquels ils se déplacent vers la communauté et bénéficient d’un appui clinique s’ils en éprouvent le besoin, » ajoute McMahan. Une fois leur certification en poche, ils commencent à offrir, par eux-mêmes, des services mobiles de conseils et de dépistage du VIH.

Au cours des sept premiers mois de mise en œuvre du projet, ils sont parvenus à conseiller et à dépister 5 539 personnes au sein des deux districts. Par ailleurs, un des objectifs initiaux qui était de disposer de deux établissements cliniques dans chaque district capables d’offrir ces services a été largement dépassé. « A Luangwa, nous en avons à présent huit et on en dénombre 12 à Nwamala, » fait remarquer McMahan. Fort de ces réussites, le projet étendra, cette année, les services CDV à deux nouveaux districts : Gwembe et Siavonga.

Le but de cette initiative est également de réduire la discrimination liée à la séropositivité par le biais d’un travail de proximité et de réunions de sensibilisation relatives au dépistage du VIH au sein de la communauté, dans les écoles et les églises ainsi que durant les cérémonies traditionnelles. Dans cette optique, le projet organise aussi des performances théâtrales et met au point des saynètes décrivant le processus de dépistage. Enfin, il a permis de former des dirigeants au niveau des villages pour en faire des relais communautaires censés devenir les fers de lance des activités de conseils et de dépistage dans leur zone respective.

Les messages ont un impact fort grâce au travail de conseillers, comme Dickson Ndona, qui militent pour le dépistage du VIH dans leur communauté. « Dans certains cas, les personnes séropositives sont victimes de stigmatisation et peuvent se sentir rejetées. Beaucoup de clients (…) redoutent ce genre d’attitude, » affirme Ndona, « mais, pour l’instant, les gens viennent (…) et font preuve d’ouverture, » ajoute-t-il.